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Par Salim Lamrani*
Público (Espagne) Dimanche, 18 janvier 2009.
21:37
Le président du Brésil a écarté ce samedi les critiques sur l'amendement constitutionnel soumis prochainement au référendum populaire par
son homologue vénézuélien Hugo Chávez, pour permettre aux électeurs de réélire un mandataire qui aurait déjà assumé plusieurs mandats, parmi d´autres candidats au suffrage
universel.
Lula a indiqué que de telles critiques surgissent toujours quand ces projets sont présentés par des mandataires d'idéologie progressiste. "Quand le
président colombien aspire à un troisième mandat personne ne lui demande pourquoi. La même possibilité existe en Europe. Combien de temps sont restés au pouvoir Margaret Thatcher,
Helmut Kohl ou Felipe González?", s´est interrogé le chef d´État brésilien.
Il n'a pas exprimé le moindre doute au sujet de la consolidation de la démocratie au Venezuela. Lula a félicité Chávez, habituellement
qualifié de "caudillo" par l'opposition, en rappelant que "durant son mandat s´est déroulée une grande quantité d'élections et de référendums, et le jour où le peuple décidera
de ne pas le réélire il lui suffira de voter pour un autre candidat. C´est cela la démocratie ".
Le dirigeant brésilien a exigé plus de respect pour les processus politiques latino-américains, "chaque pays construit le sien à partir de son degré de
conscience et de sa culture politique". Peu avant de conclure sa visite de deux jours au Vénezuéla, Lula s'est engagé à intercéder auprès de la nouvelle administration américaine
pour dépasser l´actuelle et "néfaste" relation entre les deux pays. "C´est important dans ce processus d'intégration régionale incontournable", a conclu le président du géant
latino-américain.
Traduction : Thierry Deronne
S'il veut choisir ses candidats
sans LIMITATION DE MANDATS
10 raisons pour le O U I
Fin de campagne du oui jeudi 12 fevrier à Caracas
1. Qu'est-ce qu'est un amendement constitutionnel ?
L'amendement a pour but l'addition ou la
modification d'un ou plusieurs articles de la Constitution, sans altérer sa structure fondamentale.
2. La réforme constitutionnelle votée en 2007 est-elle la même que l’amendement proposé ?
A la différence de la réforme soumise à référendum le 2 décembre 2007, qui proposait le changement ou la modification de 69 articles et avait pour but une révision partielle de la Constitution et la substitution de plusieurs de ses articles, l'Amendement constitutionnel proposé maintenant porte sur la modification de cinq articles sur un même sujet.
3. Quel est l'objectif de cet amendement constitutionnel ?
Éliminer la restriction qui empêche le
peuple de choisir le Président de la République, les gouverneurs, les maires et les députés (nationaux et régionaux) autant de fois que possible si telle est la volonté du peuple.
4. Qui propose cet Amendement ?
L'Assemblée Nationale en a pris l’initiative qui a été soutenue par des millions de signatures du peuple vénézuélien.
5. Cet Amendement est-il démocratique et conforme à la Constitution ?
La proposition d'amendement respecte parfaitement la Constitution et permet d’élargir les droits démocratiques du peuple.
6. Pourquoi ce referendum pour l’amendement puisque Hugo Chávez a encore quatre années de mandat présidentiel ?
Parce que :
Il faciliterait la voie vers l’avenir; il permettrait de travailler en paix pendant les quatre prochaines années et de se concentrer sur la résolution des problèmes du peuple.
Face aux éventuels impacts de la crise économique mondiale pour le Vénézuéla, il est nécessaire d’avoir une unité de commandement, de direction, d’organisation et fermeté pour prendre les décisions adéquates, opportunes, qui n'affectent pas le peuple, comme déjà le fait le Président Chávez.
A la suite des défaites dans quelques régions et mairies, la droite fasciste a sorti ses griffes, attaquant les Missions et agressant les Bolivariens ; ceci laisse prévoir ce qui arriverait au pays si elle s’emparait du pouvoir.
Cet Amendement neutraliserait les intentions de l’adversaire quant à un possible referendum révocatoire contre le Président Chávez l’année prochaine ou l’utilisation de tout autre artifice anticonstitutionnel ou déstabilisant.
On ne change pas le Chef d’une équipe qui gagne.
7. Pourquoi inclure les élections concernant tous les mandats dans la proposition ?
Parce que :
La Révolution a besoin d’un leadership collectif.
Le Président ne peut assumer seul la grande responsabilité que représente la continuité du processus de transformation de la société vénézuélienne. Pour répondre aux espoirs et besoins du peuple, il doit compter avec le soutien et la participation de tous les dirigeants démocratiquement élus par le peuple.
Le leader de la Révolution doit être entouré des meilleurs éléments à tous les niveaux. Rien n’est donc plus éloigné de l'intention personnaliste et totalitaire que l’on veut attribuer au Président.
Tous les citoyens ont les mêmes droits ratifiés par la Constitution.
On rectifie et élargit ainsi le concept antérieur, ce qui nous rend plus forts et rend plus cohérente la démocratie révolutionnaire. Nous n’avons pas peur d’admettre nos erreurs.
8. Voter pour l'amendement signifierait réélire Chávez et les autres élus concernés ?
L'Amendement constitutionnel proposé ne garantit pas la réélection automatique du Président Chávez ; il sera en compétition avec les candidats qui se présenteront aux élections présidentielles de 2012.
Voter pour l'Amendement permettra à Chávez de se présenter comme candidat à l’élection présidentielle de 2012 mais c’est le peuple qui décidera s’il continue ou non à la Présidence. Ceci s’applique également pour les autres mandats de gouverneurs, maires, députés et conseillers.
9. Pourquoi voter Oui ?
Parce que dans le cas contraire nous ne pourrions pas voter pour Chávez en 2012, et nous le perdrions dès maintenant.
Le oui renforcerait et consoliderait l'unité interne des forces bolivariennes autour du leader de la Révolution ; ce serait un message ferme face aux ennemis de la Patrie, à l'intérieur et hors du Vénézuéla.
Cela permettrait de continuer les changements nécessaires pour avoir une société meilleure et mettre en échec les maux que les nombreuses années de gouvernements adecocopeyanos nous ont légués : pauvreté, inégalité, corruption, inefficacité, insécurité.
Cet Amendement élargirait les droits démocratiques établis dans la Constitution ; le peuple et non le temps doit décider qui pourra être candidat à un mandat électoral.
Lorsqu’un élu remplit bien ses fonctions il a droit à la reconnaissance ; Dans le cas contraire, il devrait être destitué par referendum révocatoire, comme c’est déjà établi par la Constitution.
Que se passerait-il si le Oui perdait ?
L'opposition en profiterait pour activer le referendum révocatoire contre Chávez.
Ce serait le début d'une authentique guerre d'usure avec l'objectif de rendre le pays ingouvernable ; le Président devrait résister à tous types d'agressions durant les dernières années de son mandat.
Nous reviendrions aux années du coup d'État et du sabotage pétrolier.
L’opposition encouragerait les ennemis internes et externes de la Révolution à planifier, organiser, financer et exécuter des actions de tous types pour accélérer non seulement « la fin de Chávez », mais celle de tout vestige révolutionnaire.
Les formes les plus variées de revanches et vengeances politiques contre le peuple seraient mises en œuvre par les oligarchies, qui attendent le moment propice de montrer leurs caractères fascistes. Seule la force du peuple révolutionnaire organisé derrière son leader a permis de contenir les instincts violents, sectaire et abusifs des groupes économiques et politiques qui militent dans l'opposition.
L'ennemi utiliserait toutes ses ressources et méthodes pour affaiblir la Révolution et diviser ses files, y compris par la trahison.
10. Que perdrions-nous ?
Les missions sociales et les Conseils communaux.
Les acquis que la Révolution et Chávez ont donné au peuple pendant ces dix années : par exemple, l'éducation, la santé, l'alimentation, l'emploi, la sécurité sociale, les entreprises nationalisées.
La juste distribution des recettes pétrolières pour le bien-être du peuple. Les droits politiques, sociaux, économiques et culturels du peuple.
La souveraineté et l'indépendance de la Patrie.
La paix et la stabilité du pays.
La Constitution Bolivarienne.
La démocratie participative et protagoniste.
La continuité du projet bolivarien de libération nationale pour lequel tous les Vénézuéliens ont donné leur vie depuis les guerres d'indépendance jusqu'à maintenant.
La justice sociale et la dignité de chaque Vénézuélien sans distinction d'origine, sexe, race ou ethnie.
La continuité du processus de changements progressistes et d'intégration du Continent latino-américain dont les nations voient dans le Vénézuéla un exemple à suivre.
La liberté d'expression pour tous.
10. http://www.enmiendasi.ve/?page_id=2368
trad. traduction Claude Maryse
CONTRE LA HAINE ET LE MENSONGE,
LE PRESIDENT CHAVEZ DECLARE CETTE SEMAINE
LA SEMAINE DE L'AMOUR
Salim
Lamrani
Le président
Hugo Chávez vient une nouvelle fois de donner une leçon de démocratie à ses détracteurs. Le 15 février 2009, pour la quinzième fois en dix ans, les Vénézuéliens ont été appelés aux urnes, cette
fois-ci, pour se prononcer sur l’amendement constitutionnel qui abrogera la limite des mandats du président, des maires, des députés et des gouverneurs1. Pour la quatorzième fois en
une décennie, les électeurs ont montré leur soutien au leader bolivarien en s’exprimant à 54,86% en faveur de l’amendement qui permettra à Chávez de se représenter en 20122.
Aucun
président latino-américain ne dispose d’une légitimité démocratique aussi avérée que celle du dirigeant vénézuelien. La participation au vote a été massive, atteignant les 70%. Par rapport à
l’échec de décembre 2007, où la réforme constitutionnelle (69 articles), mal expliquée, fut rejetée à une infime majorité de 50,7%, le gouvernement vénézuélien a gagné près de deux millions de
voix supplémentaires, renforçant sa popularité3.
Malgré les plaintes et les accusations de fraude de l’opposition, le scrutin a été, une nouvelle fois, salué par la communauté internationale pour sa transparence4. Le Groupe de Rio qui regroupe 33 nations du continent américain a qualifié le référendum de « nouvelle expression de civisme et se félicite de l’exercice démocratique » des Vénézuéliens, tout en soulignant « l’ample participation politique5 ». Les Etats-Unis ont également salué un processus « conséquent avec les principes démocratiques », tout en faisant part de leur volonté de « maintenir une relation positive » avec Caracas6. Face à cela, l’opposition n’a eu d’autres remèdes que d’admettre sa défaite7.
Le président Chávez, quant à lui, s’est réjoui de la victoire : « Aujourd’hui, c’est la vérité qui a gagné contre le mensonge, c’est la constance du peuple qui a gagné », en référence à la campagne médiatique de l’opposition. « Le socialisme bolivarien sort renforcé aux yeux du monde », a-t-il ajouté8.
En effet, l’opposition ainsi que les médias occidentaux n’ont eu de cesse de mener une campagne de discrédit à l’égard des autorités vénézueliennes, accusant Hugo Chávez de vouloir devenir « président à vie », oubliant qu’en démocratie l’ultime décideur était le peuple. Bien évidemment, les transnationales de l’information se sont bien gardées de souligner que dans de nombreuses démocraties occidentales la limite du nombre de mandats était inexistante. Elles n’ont pas non plus jugé bon de rappeler que les Vénézueliens avaient la possibilité de révoquer leur président à mi-mandat si sa politique se révélait insatisfaisante, réalité inimaginable en Occident.
En dix ans de pouvoir, Hugo Chávez a entrepris des réformes économiques et sociales spectaculaires qui ont singulièrement amélioré le niveau de vie des catégories les plus vulnérables de la population, redonné une souveraineté politique et économique à son pays, insufflé un sentiment de dignité nationale à ses concitoyens, donné une stature internationale au Venezuela, dont le prestige ne cesse de croître au sein du Tiers-monde, fédéré une grande partie des nations latino-américaines autour de l’Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA), un projet émancipateur et intégrateur, et fait de la solidarité à l’égard des plus démunis le principe fondamental de sa politique étrangère. Voici brièvement les racines de la popularité du leader vénézuélien9.
Cependant, Hugo Chávez doit encore faire face au moins à cinq défis majeurs : la baisse du prix du pétrole dont dépend l’économie vénézuelienne, le taux de criminalité qui, même s’il a été réduit, reste un problème sérieux, l’inflation toujours élevée, un niveau de corruption relatif mais présent dans certaines sphères du pouvoir et surtout une opposition qui refuse de se prêter au jeu démocratique en multipliant les campagnes médiatiques de dénigrement dont l’efficacité est indéniable. Mais le scrutin du 15 février illustre la confiance des Vénézuéliens à son égard pour faire face à ces obstacles et poursuivre sa politique de construction d’une alternative au néolibéralisme sauvage où l’être humain est placé au centre du projet de société.
Notes
1 Articles 160, 162, 174, 192 et 230 de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela.
2 Casto Ocando, « Chávez gana el referendo », El Nuevo Herald, 15 février 2009 ; Agencia Bolivariana de Noticias, « El 15F se impuso la fuerza socialista del pueblo », 19 février 2009.
3 Pascual Serrano, « Aceptar a Chávez », Público, 18 février 2009 ; Maurice Lemoine, « Le Venezuela persiste et signe », Le Monde Diplomatique, 18 février 2009.
4 EFE, « Rosales atribuye resultados del referendo a la represión », 17 février 2009 ; Agencia Bolivariana de Noticias, « Oposición no concreta en Contraloría denuncias mediáticas sobre ventajismo », 17 février 2009.
5 The Associated Press, « Grupo de Río felicita a Venezuela por referendo », 19 février 2009.
6 Nestor Ikeda, « Estados Unidos legitima el referendo chavista », The Associated Press, 18 février 2009.
7 Agence France Presse, « Oposición venezolana admite derrota pero llama a ‘seguir la lucha’ », 15 février 2009.
8 Agencia Bolivariana de Noticias, « Esta victoria es de todos los pueblos de América Latina », 15 février 2009.
9 Salim Lamrani, « La nueva Venezuela del presidente Hugo Chávez », Le Monde Diplomatique, décembre 2008.
Salim Lamrani est enseignant chargé de cours à l’Université Paris-Descartes et l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée et journaliste français, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis. Il vient de publier Double Morale. Cuba, l’Union européenne et les droits de l’homme (Paris : Editions Estrella, 2008).
Contact : lamranisalim@yahoo.fr
Muriel Knezek
La
proposition d’amendement de la Constitution vénézuélienne portant sur la réélection des élus sans limitation de mandat, et soumise au vote populaire dimanche 15 février 2009, laisse en mémoire
d’intenses moments d’émotion
et de suspense. L’approbation très nette et la participation massive des Vénézuéliens au référendum confortent Hugo Chavez dans ses projets politiques.
Dimanche 15 février 2009, les rues de Caracas étaient désertes en pleine après-midi comme si le temps s’était arrêté. Dans la ville, habituellement trépidante et engorgée, régnait une atmosphère de suspense. Sous une chaleur écrasante, quelques Vénézuéliens isolés semblaient rappeler que les seules allées et venues de ce dimanche exceptionnel étaient faites pour aller jusqu’au bureau de vote. Le reste du temps paraissait uniquement consacré à écouter et regarder la télévision où une majorité de chaînes destinaient leur programme à l’événement électoral national.
Ce dimanche 15 février 2009, il s’agissait effectivement pour le peuple vénézuélien d’approuver ou non le projet d’amendement de la Constitution, permettant ou non de réélire sans limitation de mandat tout élu actuellement désigné. Les premiers sondages d’avant le début de scrutin annonçaient une victoire du SI à 51,5 %, mais ce jour-là, à 14 h, seulement 52 % de la population s’était déjà rendue aux urnes. Nombre d’électeurs pouvaient donc encore accomplir leur devoir de citoyens, laissant tout pronostic dans l’incertitude.
C’est ainsi que, le souffle coupé, Caracas, comme tout le reste du pays, s’est tenu suspendu à l’heure du verdict de cette consultation populaire.
Tendance
A presque 17 h, Ali Rodriguez, ministre des Finances et dirigeant du PSUV (parti socialiste vénézuélien), annonçait que « la tendance était irréversible ». Il sommait également l’opposition de ne pas tomber dans la provocation ni dans l’organisation de désordres, en faisant circuler sur Internet des bruits de fraude électorale infondés.
Ainsi, Sumate – mouvement associatif civil vénézuélien acquis à l’opposition, pour ne pas dire vendu aux Etas-Unis puisque financé par le National endowment for democracy – avait mis en place, pour cette occasion, un état-major de 70 personnes à Caracas, avec des antennes dans 14 Etats, afin de diriger l’opération « Impunité zéro » durant le vote. Dans ses locaux, les dénonciations de disfonctionnement étaient enregistrées, une compétition inégale et une propagande partisane en faveur du camp du SI dénoncées, le tout diffusé sur le Net dans le but d’échauffer les esprits.
Au gré de la journée, l’exaspération de l’opposition est ainsi montée crescendo du fait d’une très forte mobilisation populaire et militante observée et constatée. Il est vrai que, malgré la campagne électorale terminée, la machine chaviste a continué de fonctionner, emportée dans une logistique frénétique. Plus fort que tout, des motos chevauchées par des membres du Front motorisé de l’intégration socialiste ont sillonné dans les rues, depuis l’aube et tout au long de la journée, appelant à voter SI. Des camionnettes spécialement affrétées ont patrouillé les quartiers afin de proposer aux personnes en difficulté motrice, du fait de leur âge ou d’un handicap, de les accompagner jusqu’à leur bureau de vote. La fougue chaviste dépassa de la sorte très largement la capacité à vaincre des partisans du NO.
La votation fut cependant parfaitement organisée et maîtrisée. Au programme, « un électeur, un vote ». Ainsi, chaque citoyen, au moment du vote, a dû plonger son petit doigt dans une encre indélébile l’écartant de tout second passage.
Verdict
À 18 h, les bureaux de vote étaient fermés et quelques
minutes plus tard, les premiers résultats promulgués par le Conseil national électoral (CNE). Avec plus de 54 %, le SI l’emportait. A cet instant précis, la tension, jusque-là retenue et
silencieuse, laissa place à un réveil urbain comparable à une traînée de poudre qui vient de s’enflammer. Des groupes se formèrent sur les places, dans les rues, devant les bureaux de vote pour
discuter, commenter, voire s’emporter ou s’interpeller. Certains opposants au SI se voulaient d’être présents à la fermeture des bureaux de vote afin de veiller aux bonnes procédures de fin de
scrutin, soupçonneux de manipulation des urnes, bien entendu malintentionnée. Les « ouiouistes » furent également, dans ces derniers instants, accusés de laisser voter la population,
passé 18 h, pour gonfler leur résultat.
Quoiqu’il en était, la foule prenait la rue. La première annonce de l’obtention du SI s’emparait des esprits chavistes, manifestant leur joie et leur excitation jusqu’à l’hystérie. Les banderoles pour le SI flottaient dans tout Caracas, les sifflets et les tambours retentissaient à tous les coins de rues, la salsa transperçait les haut-parleurs, des rassemblements sur les trottoirs interpellaient bruyamment les voitures qui passaient, avec pour cri de reconnaissance « SI va ». La victoire du SI totalement acquise et la fête en branle.
Progressivement, une marée d’hommes, de femmes et d’enfants, vêtus de chemise ou de tee-shirt rouge, est montée par l’avenue Urdaneta jusqu’au palais présidentiel Miraflores. Hugo Chavez allait apparaître au « balcon du peuple » pour y saluer la foule, tenir un discours et remercier le peuple pour son choix. Les Vénézuéliens seraient là pour le célébrer.
A un peu plus de 21 h 30, Chavez s’est présenté triomphant et éclatant. Se proclamant dorénavant « au service du peuple durant toute sa vie », Chavez s’est déclaré conscient que son destin politique s’était joué ce dimanche dans les urnes vénézuéliennes. Il précisera que la page mémorable qui s’est inscrite aujourd’hui dans l’histoire du Venezuela ouvre le chapitre de la continuité de la transition, et efface les limitations à l’efficacité politique. Chavez affirmera que la rapidité de rotation des gouvernements dans l’ancien système rendait impossible la réalisation d’un projet national de grande ampleur. Dès à présent, ensemble, il proposera de tracer les lignes de la 3e période de la Révolution bolivarienne, celle de 2009 à 2019, se désignant précandidat pour 2012 avec la volonté de Dieu et celle du peuple. Pour ne pas faillir à son engagement vis-à-vis des Vénézuéliens, et en vue d’accomplir les virages promis, Chavez promettra d’appliquer au plus vite sa thèse des 3 R : Révision, Rectification, Réimpulsion, et mentionnera que « la nouvelle République nécessite de nouvelles institutions, avec des femmes et des hommes nouveaux, honnêtes et dévoués au service public ».
Vers 23 h, dans la consternation, les voix de l’alliance de l’opposition reconnaîtront la victoire du SI au référendum. En guise de dernier sursaut d’autodéfense, elle rappellera qu’aujourd’hui Chavez l’emporte avec 54 % alors qu’il a été élu en 2006 avec 64 %. Preuve que l’appui du peuple vénézuélien à son égard est en perte de vitesse, et une alternative pour elle de le battre en 2012. Avant cela, l’opposition affichera également son intention de réapparaître à l’Assemblée nationale lors des élections législatives de 2010, qu’elle avait boycottées en 2005. Tomas Guanipa, secrétaire général de Primero justicia (Justice d’abord), soulignera que « nous ne nous reposerons pas jusqu’à ce que le Venezuela prenne un chemin différent ».
En attendant, les feux d’artifice ont fusé une bonne partie de la nuit dans le ciel de tout le pays.
Succès
54,36 %, très précisément, des citoyens vénézuéliens ont dit SI à l’amendement de la Constitution, soit 6 millions de voix sur 11 millions de votes validés et 17 millions d’inscrits. Le taux de participation au scrutin, à hauteur de 67,05 %, confirme l’intérêt et la volonté populaires de s’impliquer dans les projets politiques à venir. A cette votation, 1,6 million de voix vénézuéliennes sont venues ainsi grossir le chiffre des votants par rapport au référendum de 2007. Le taux d’abstention de 32,95 %, le plus bas depuis 2006, conforte ce sentiment d’une vive préoccupation citoyenne vis-à-vis de la gouvernance vénézuélienne.
D’un point de vue géopolitique, il est important de remarquer le passage du SI à 52,06 % dans l’Etat de Carabobo, un des cinq Etats tenu par l’opposition et un des plus peuplé du pays avec quelque 2 millions d’habitants. L’Etat de Nueva Esparta (400 000 habitants), également dans l’opposition, a voté en faveur du NO à seulement 50,73 %.
Du côté des Etats chavistes, Mérida (350 000 habitants) est le seul à avoir fait défaut au SI, avec une courte majorité pour le NO à 50,89 %. Dans les 18 autres Etats acquis à Chavez, le SI est passé haut la main, avec pour plus de la moitié de ceux-là des scores oscillant entre 60 % et 71,5 %.
La campagne électorale chaviste s’avère payante et le bilan largement confortant et positif. Le PSUV a compris, lors de l’organisation de cette consultation, que le chavisme sans Chavez ne fonctionne pas, et que la prolongation du pouvoir passe par lui. Jesus Gonzales, chef du Commando stratégique opérationnel de la force armée nationale bolivarienne (Ceofanb), assure que le processus électoral s’est déroulé globalement avec succès dans tout le pays, et félicite le peuple vénézuélien pour sa maturité et son civisme démocratiques. Le ministère public donne pour autant l’information que 156 personnes ont été arrêtées durant cette journée pour destruction de matériel électoral, manipulation d’identité, résistance à l’autorité, prosélytisme politique et actes de violence armés dans certains centres de votation.
Parallèlement, l’opposition semble « rester sur le carreau », encore fatiguée de ses lourds efforts fournis en novembre 2008, dans la bataille des élections des gouverneurs. Son essoufflement à résister à la vague révolutionnaire bolivarienne démontre les limites du pouvoir exagéré, abusé et mensonger de l’oligarchie vénézuélienne. Convaincre et rassembler devient difficile dans ce camp.
Slogan mondial
Le récent « Yes, we can » yankee, qui résonne actuellement sur toute la planète, serait-il simplement l’écho d’une inspiration latino-américaine qui dure depuis maintenant 10 ans ?
Si cela est le cas, et en toute humilité, les Américains se devraient de rectifier leur rutilante expression et de dire plutôt « Yes, we can also » – « Si, podemos tambien », histoire de rester modestes !
Faire plutôt que de promettre, Chavez au Venezuela répond à cette résolution. Qui d’autre ? Les volontaires sont les bienvenus.