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Je vous parle d’un pays européen qui a pour Chef d’Etat, à vie et avec un caractère héréditaire, un citoyen qui n’a jamais été élu par personne. Dans ce pays, tous les medias, la grande presse,
les chaînes de télévision ainsi que leurs éditorialistes, sont hautement indignés et fortement préoccupés parce que dans un lointain pays d’Amérique les habitants s’apprêtent à voter par
référendum pour décider s’ils veulent, oui ou non, pouvoir réélire une personne comme Président autant de fois qu’ils le jugeront bon. Cette disposition est déjà en vigueur, notez bien, dans ce
pays européen dont je vous parle et dans tous les autres pays qui l’entourent. Je suis en train de vous parler des médias espagnols et de la reforme constitutionnelle au
Venezuela.
Au Venezuela, exactement comme il l’avait promis dans son programme électoral avant d’être élu en décembre 2006, le Président a présenté devant le Parlement un projet de réforme
constitutionnelle dont les législateurs vont débattre, qui sera ensuite porté à la connaissance de la population des villes et des « barrios » pour être discuté et qui sera soumis à
référendum. Le journal El País a titré : « Chávez présente la reforme
constitutionnelle qui va lui permettre de gouverner indéfiniment » sans se soucier le moins du monde de répéter son titre de la veille qui était le
même : « Chávez
présente devant le Parlement sa proposition de réélection indéfinie ». De son côté, El Mundo titre : « Chávez présente comme « socialiste » sa réélection indéfinie » et le
journal ABC titre : « Hugo Chávez
présente son plan pour rester perpétuellement à la Présidence ». Pourtant aucun de ces médias n’a recueilli une autre reforme législative annoncée se même
jour, celle-là aux Etats Unis dont le Département de la Justice est en train de mettre au point les modifications légales nécessaires pour raccourcir les délais dont disposent les condamnés à
mort pour faire appel de leur sentence et donc pour procéder aux exécutions plus rapidement.
Il semble que ce qui, en Espagne, cause une véritable angoisse c’est une réforme faite au Venezuela, réforme qui est déjà en vigueur ici, en
Espagne, à savoir l’absence d’une limite dans le nombre de mandats présidentiels. Pourtant jamais nous n’entendons ces mêmes médias critiquer cette mesure dans notre pays ; ce qui les
dérange c’est qu’un président gouverne plus de deux législatures uniquement si ce président s’appelle Chávez et si les vénézuéliens votent pour lui. En outre ils n’ont pas trouvé le moindre
intérêt à souligner quelques autres changements proposés dans la nouvelle constitution, par exemple la traduction, dans le nouveau texte, de « l’interdiction de l’exploitation des
travailleurs », la création de « conseils communaux, ouvriers, étudiants, paysans » comme un moyen « d’approfondir la démocratie participative et active », la création
d’un « fonds de stabilité sociale » qui garantira aux travailleurs « des droits fondamentaux tels que la retraite, les pensions, les vacances, les congés prénataux et postnataux et
ceux que les lois décideront », réduire à « six heures par jour » la durée légale du travail et interdire aux patrons de pouvoir obliger leurs salariés à faire des heures
supplémentaires. On y envisage également « l’interdiction expressément écrite des latifundia, et d’étendre cette interdiction à l’exploitation privée des hydrocarbures liquides, solides ou
gazeux ainsi qu’aux entreprises, services et biens d’intérêt public et de caractère stratégique ». A écouter les analystes politiques européens, on comprend que ce sont ces mesures
approuvées par référendum qui définissent une dictature.
L’opposition vénézuélienne, avec cette lucidité qui la caractérise, a fait savoir, selon des déclarations déjà recueillies dans le premier
paragraphe de l’information rapportée par El País, que cela n’est qu’un rideau de fumée destiné à détourner l’attention de cette autre information : l’arrestation d’un patron
vénézuélien en partance pour l’Argentine avec 574.000 euros non déclarés en poche. Cela veut dire que devant un cas caractérisé d’évasion de capitaux, le Président du Venezuela organise une
reforme constitutionnelle pour détourner l’attention... Je lis aussi, dans d’autres dépêches d’agence, que l’opposition qualifie la reforme de « coup d’Etat » qui « viole des
principes constitutionnels ». Etrange coup d’Etat qui est présenté devant le Parlement, qui est débattu, qui est soumis au vote des députés et soumis à référendum dans tout le pays !
Jusqu’à il y a peu, l’opposition vénézuélienne et européenne dénonçaient le fait que Chávez avait imposé une constitution « à sa mesure ». Aujourd’hui il la change et ils s’indignent
parce « qu’il la viole ». Résumons : s’il ne la touche pas, c’est mal ; s’il la modifie, c’est pire.
Alors qu’il serait tellement plus simple d’accepter la décision finale des vénézuéliens !.