Demain (ou après-demain) je m’abonnerai (peut-être) au Monde.
Le Monde, Monsieur le Directeur de la publication.
Cher Jean-Marie Colombani,
Vous m’avez écrit en me faisant une offre alléchante pour que je m’abonne au Monde.
J’ai lu votre éditorial annexé : « Un journal réinventé » et je me suis réjouis quand vous m’assurez de « la fiabilité de [v]os informations, de la rigueur qui doit accompagner leur traitement, de la bonne distance » que vous allez « respecter avec les événements et avec leurs acteurs ».
Comme, de surcroît, vous vous engagez à « être chaque jour plus fiable, différent, surprenant et proche des lecteurs » qui auront droit à « la vision la plus juste et la plus claire de ce qui fait l’actualité… », j’ai failli sortir mon stylo et remplir le bulletin.
Puis, je me suis rappelé que je suis l’ami de Cuba et du Venezuela, le premier étant un goulag tropical aux mains d’un « lider maximo vieillissant » et le second une semi-dictature dirigée par un populiste antisémite (enfin, c’est ce que je déduis, à vous lire gratos à la bibliothèque ou sur Internet ou dans les mails qu’on m’envoie). Un souvenir en entraînant un autre, je me suis rappelé que j’avais voté « non » au référendum et que, avec mes amis Cubains, Vénézuéliens, Boliviens, Panaméens, Equatoriens, Uruguayens, Brésiliens, Argentins et même Chiliens, je partage un léger désaccord avec ceux qui proclament : « Nous sommes tous Américains ! ».
Du coup, je vais rester dans la confrérie de ceux qui « prennent la parole à travers le développement de l’Internet » et je me vois, hélas ! contraint de vous renvoyer le (faux) chèque de 51 euros à mon ordre.
Croyez bien que, dès qu’un faisceau suffisant d’informations concordantes glanées sur Internet (et nulle part ailleurs) m’aura convaincu que vous êtes redevenu le « journal de référence » de naguère, je retournerai vers vous comme un fugueur repenti. En pénitence, j’achèterai Le Monde en kiosque (au prix fort), à jamais privé des trois ou quatre cadeaux auxquels je renonce aujourd’hui.
Je suis sûr que vous aimerez avoir ici la confirmation que votre lectorat potentiel est exigeant et désintéressé. Je tenais à vous le dire pour atténuer le coup de ma rebuffade qui n’est qu’un encouragement naïf à vous améliorer plus encore, même si la chose devient de plus en plus difficile à mesure qu’on approche de la perfection journalistique.
Je vous autorise à publier cette lettre dans votre courrier des lecteurs. Si, dans un mouvement d’humeur vous l’avez déjà déchirée et poubellisée, rassurez-vous, j’ai fait des copies. En les diffusant, je me donne l’exaltante impression de participer à l’information du public, de vous donner un coup de main, quoi.
Bien à vous et aux mânes de M. Hubert Beuve-Mery.
Maxime Vivas (futur lecteur, mais pas tout de suite).
PS. Attention de ne pas trop copier les discours de Hugo Chavez dans Libération avant de nous les rapporter. Lisez plutôt Pierre Bourdieu qui s’alarmait de « la circulation circulaire de l’information ». (« Sur la télévision », p.22, Liber Editions).
à Monsieur Serge July et à Madame Déontologie des journalistes de Libération
A Mr Serge July, Rédacteur en chef de Libération, P.D.G de Libération Et Antoine de Gaudemar, Directeur de la Rédaction
Cher Mr July, Messieurs,
Je vous écris à propos de la publication dans la rubrique « Courrier » de Libération du 12 janvier 2006 d’un extrait de l’article que j’ai fait paraître sur plusieurs sites Internet en réponse à celui de M. Armengaud, paru dans votre journal le 9 janvier sous le titre, « Le credo antisémite de Hugo Chavez ».
1) Je ne vous ai envoyé aucun courrier et je n'ai fait aucune démarche pour que mon article soit publié dans Libération. Or vous en publiez, sans mon autorisation, un extrait dans la rubrique « Courrier », en laissant entendre que cet article vous était adressé. Pourriez-vous me fournir les preuves que Romain Migus, citoyen français résidant à Caracas et travaillant comme conseiller en communication, vous a envoyé un quelconque courrier vous autorisant à publier son article ?
2) L’extrait de l’article que vous publiez sans mon autorisation est soigneusement épuré de la majorité de ses arguments. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Pour que vous puissiez vous rendre compte : l’article original compte 1771 mots, l’extrait que vous publiez seulement 543, soit exactement 30.66% de l’original que vous dites avoir « condensé » à votre convenance et sans mon accord.
Pourriez-vous me dire comment la cohérence d’un argumentaire peut être préservée quand 70% de son contenue est censuré ? D’où les interrogations suivantes : A) Quel type d’argumentaire, épuré de 70% de son contenu, peut préserver sa cohérence ? B) Je dis bien censuré. En effet, alors que les découpes effectuées par votre journaliste dans le discours de Chávez sont marquées par trois points entre parenthèses (…), rien de tel n’apparaît dans votre compression de mon article. Un simple renvoi à l’article complet que peu, parmi vos lecteurs, auront eu le temps de consulter est un bien maigre alibi. C) En présentant un texte tronqué sans préciser les passages enlevés, vous l’offrez ainsi en pâture à Mr Armengaud pour qu’il tente de recouvrer une partie du crédit qu’il a perdu, sans s’expliquer sur le fond ? Etait-ce le but ? Difficile d’en douter.
3) En publiant l’extrait de mon article sur un tiers de page, et en consacrant les deux tiers restants à des argumentations qui confortent la manipulation initiale du discours d’Hugo Chávez, vous persistez et signez dans votre intention de désinformer les lecteurs de Libération. C’est assez dire que vous les méprisez.
4) Vous publiez une pétition de professeurs d’Université, d’écrivains, d’intellectuels professeurs, comme si leur position sociale était la garantie d’une quelconque impartialité. Vous auriez pu préciser que ces mêmes personnes soutiennent ou ont soutenu une opposition politique qui s’est distinguée par une tentative de coup d’Etat et des tentatives de sabotage économique. Les échecs de cette opposition n’ont en rien diminué sa virulence.
Il faut plus d’un journaliste agissant en mercenaire pour déshonorer une rédaction. Mais quand une rédaction se solidarise avec un tel journaliste…
Malgré l’orientation politique de votre journal, les lecteurs ont droit à une information sérieuse et non à de telles manipulations. A de l’information correcte et non à une vulgaire opération de propagande.
En espérant recevoir des réponses,
Salutations déontologiques.
Romain MIGUS
PS : Je vous autorise à publier cette lettre dans son intégralité. J’envoie une copie de cette lettre à tous les sites web où vous avez pu lire et piller mon précèdent article.

Declaration de Monsieur Roy Chaderton-Matos
Ambassadeur de
Libération fait acte de diffamation en présentant comme antisémite un discours récent du Président Chávez où il évoque la responsabilité dans la mort de Jésus des puissances impériales de ce temps-là, dans une réflexion sur les empires d’aujourd’hui qui tentent de crucifier des processus démocratiques de libération et de justice sociale.
L’interprétation diffamatoire de paroles qui ne visent aucunement nos frères juifs montré comment une organisation créée pour retrouver des criminels nazis en fuite a pu être banalisée et manipulée par certains des ses dirigeants dans le continent américain engagés dans les assauts internationaux contre notre démocratie en soutenant des putschistes vénézuéliens.
Après le désaveu par Jean-Paul II de l’injuste incrimination historique contre le peuple juif, seule une interprétation tortueuse pouvait identifier des éléments antisémites dans les paroles du Président Chávez. Inclure Simon Bolívar dans cette spéculation révèle en plus l’ignorance de l’histoire, car Bolívar lui-même et sa famille reçurent, dans des temps d’infortune, le soutien et la protection d’amis juifs de Curaçao, comme Mordechaï Ricardo, dont la générosité a toujours été reconnue par El Libertador.
Après leurs multiples échecs putschistes et électoraux, les anti-chavistes vénézuéliens et internationaux ont constitué un curieux et rococo pot-pourri de personnes et d’institutions unies par la volonté de délégitimer la démocratie vénézuélienne, qui a choisi une voie souveraine d’engagement pour la justice sociale. Des chrétiens d’extrême droite, des banquiers incompétents, des politiciens ratés, des représentants de la gauche caviar, des cripto-nazi et bien d’autres ennemis des valeurs républicaines, avec le soutien international d’organisations comme Reporters sans Frontières, financée par le National Endowment for “Democracy” et par de puissants groupes de publicité, des protestants fondamentalistes des Etats Unis, comme le télé-évangeliste Pat Robertson, qui lança un appel au meurtre du Président Chávez, Alexandre Adler, inexplicable raciste, José María Aznar et d’autres dirigeants du Parti Populaire Espagnol et ses équivalents en Amérique Latine comme Lourdes Flores, sont les complices d’une conspiration internationale orchestrée par la dictature globale. Bienvenue au Club, Monsieur Armengaud !
Aujourd’hui ils tentent infructueusement de se servir du chantage de l’antisémitisme pour éloigner du Président Chávez les nombreux juifs progressistes qui soutiennent le processus bolivarien.
Nous, démocrates vénézuéliens, sommes profondément opposés à des aberrations comme l’antisémitisme, le maccarthysme, le racisme, l’anti-islamisme et autres formes de fanatisme et de violence responsables aujourd’hui comme hier de crimes contre l’humanité commis au nom d’une fausse démocratie et du néolibéralisme.
Le message du Président Chávez affirme son engagement avec les exclus du monde entier, le même engagement de chrétiens comme Martin Luther King,
Monsieur Armengaud, c’est à vous de présenter des excuses !
Comment peut-on nous mentir si grossièrement ?
Michel Collon
Lundi 9, Libération accuse Chavez d’antisémitisme. Le lendemain, Le Monde et Le Soir de Belgique et bien d’autres recopient. Mais quiconque va vérifier le texte du discours en question sur le site du gouvernement du Venezuela peut constater que… la citation est tronquée. Libé a supprimé tout un passage ! Sans même ajouter les traditionnels (…).
Mensonge par omission. Un classique. Prenez n’importe quelle citation d’une certaine longueur, découpez-la à votre manière et vous pourrez lui faire dire le contraire de l’original !
Libé a fait ce qui est interdit dans toute école de journalisme qui se respecte. On reprend une source archi-suspecte, déjà prise en flagrant délit, on truque une citation, on ajoute quelques suppositions gratuites, on écarte les faits réels. Et les autres recopient. Pourquoi ? Bavure ? Erreur de journalistes pressés par le temps ? L’excuse serait valable si
1. Toutes les « erreurs » commises par Libé (et d’autres) sur le Venezuela depuis quatre ans n’allaient pas toujours dans le même sens : contre Chavez, pour le diaboliser.
2. Si les médias présentaient une rectification honnête quand les faits sont prouvés. On attend toujours.
Il y a quelques mois, j’avais eu l’occasion de prononcer à Caracas justement, au Forum Mondial de la Jeunesse un discours intitulé « Les cinq règles de la propagande de guerre ». Inspiré notamment des travaux d’Anne Morelli en critique des médias, j’y analysais comment les médias travaillent quand ils ont décidé de diaboliser un peuple ou un dirigeant. Relisant ce discours , je constate que tous les principes de la propagande de guerre ont été appliqués contre Chavez ces dernières années et dans ce cas-ci :
1. Occulter les intérêts économiques
2. Démoniser qui résiste
3. Occulter l’histoire et la géographie
4. « Notre guerre ne vise pas un peuple, mais seulement un dirigeant »
5. Monopoliser l’info, empêcher le débat
http://www.michelcollon.info/articles.php?dateaccess=2006-01-12%2011:51:38&log=attentionm
Les médias français, belges et occidentaux en général ont quasi tous « diabolisé » Chavez en l’étiquetant successivement de « populiste », « démagogue », « militariste », « simpliste », « primate » (sic), etc…
Ils ont caché l’essentiel : si Chavez déplaît tellement aux Etats-Unis mais aussi à toutes les multinationales, à tous les riches, c’est parce que sa révolution donne le mauvais exemple. Tous nos médias pleurent régulièrement sur la pauvreté dans le monde (en s’abstenant soigneusement de creuser les causes), or voici un homme qui résoud le problème, et on fait silence ou on le diabolise ! Comment est-ce possible ?
Parce que sa solution simple est un exemple « dangereux » si on l’appliquait dans tout le tiers monde : aujourd’hui, au Venezuela, l’argent du pétrole ne part plus dans les poches des multinationales et de l’élite locale ! Non, il sert à des programmes sociaux : nourrir, soigner, éduquer les pauvres. C’est-à-dire 60% de la population. Quand ces gens crevaient de faim non loin des piscines des riches, nos médias trouvaient le Venezuela tout à fait démocratique et fréquentable. A présent qu’ils ont à manger, c’est la « dictature » ! Et pour diaboliser Chavez on a déjà essayé diverses étiquettes qui n’ont pas marché, alors à présent, on essaie « antisémite ». En Europe, ça marche très bien pour étouffer un débat.
Ces médias qui décernent bons et mauvais points selon les intérêts des multinationales, ce sont eux que nous devons soumettre à un test-média sérieux. Voici une preuve de plus : un "vidéo-trottoir" a été réalisé à Bruxelles par ma partenaire Vanessa : elle demandait à des gens, au hasard, dans la rue : « Que savez-vous du Venezuela ? » Bilan catastrophique 1. La moitié ignorait quelle était la ressource principale de ce pays, à savoir le pétrole. 2. Personne n’était au courant que l’argent du pétrole servait à des réformes sociales. Mais si on cache ces deux éléments essentiels, comment le public pourrait-il comprendre pourquoi Bush veut à tout prix attaquer ce pays ? Une telle couverture médiatique, ce n’est pas une information, mais une propagande de guerre qui justifie de futures agressions.
Eh bien, de tels médiamensonges, ça suffit ! Quiconque souhaite lutter pour la paix, pour le progrès social, se retrouve forcé de lutter d’abord pour le droit à une information correcte ! Nous suggérons d’écrire à la rédaction de ces médias pour leur demander des explications et des rectifications.
Et comme nous ne nous faisons pas trop d’illusions, sachant que derrière la presse, il y a des intérêts puissants, nous appelons chacun à nous communiquer des exemples de médiamensonges qu’il a constatés ou qu’il soupçonne. Des choses sérieuses, précises, documentées. Nous préparons un groupe de travail anti-médiamensonges et vous tiendrons prochainement au courant.
Merci d’avance
Michel Collon
Vanessa Stojilkovic prépare un film documentaire « Bruxelles-Caracas aller/retour ». Michel Collon prépare un livre « Les 7 péchés d’Hugo Chavez ». Infos sur notre site en avril.
http://www.forward.com/articles/7189
Autres articles et sites sur ce dossier :
Ma Lettre ouverte au Centre Simon Weisenthal, par Viktor Dedaj
et
http://www.acrimed.org/article2241.html
et
et
http://observatoiredemocratie.over-blog.com/article-1605523.html
et
http://www.michelcollon.info/archives_articles.php?log=attentionm
et
