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Vendredi 1 décembre 2006

Salim Lamrani 

Les élections présidentielles vénézueliennes du 3 décembre 2006 déboucheront probablement sur la victoire de Hugo Chávez. Le candidat de l’opposition, Manuel Rosales, n’a effectivement que très peu de chances de l’emporter sur l’homme le plus populaire d’Amérique latine. Les sondages annoncent une avance de 20 points pour l’actuel président, quasiment certainde remporter l’élection dès le premier tour1.

  L’opposition, consciente de cette réalité, multiplie les accusations contre le gouvernement bolivarien. L’organisation Súmate, financée par les Etats-Unis par le biais de la Fondation nationale pour la démocratie (National Endowment for Democracy), reproche aux autorités l’augmentation spectaculaire du nombre d’électeurs qui est passé de 11 millions en 2003 à 16 millions en 2006, suite à la campagne lancée pour le gouvernement encourageant la population à s’inscrire sur les listes électorales. La plupart des nouveaux électeurs sont issus des couches populaires qui ont grandement bénéficié des politiques sociales du gouvernement, et il est fort probable qu’ils renouvellent leur confiance à Hugo Chávez. Súmate a également stigmatisé le système de vote automatisé2.

 

 

   Les adversaires du gouvernement dénoncent également « un déséquilibre dans la campagne électorale ». Alejandro Plaz, président de Súmate, a fustigé les augmentations de salaires des fonctionnaires, la modernisation du pays et les apparitions réitérées de Hugo Chávez sur les chaînes de télévision publiques. Plaz omet cependant de signaler que l’ensemble des médias privés, qui représentent 90% du paysage médiatique vénézuelien, soutiennent le candidat de l’opposition3.

 

 

  La présidente du Conseil national électoral, Tibisay Lucena, a rejeté les doutes émis par les représentants de l’oligarchie vénézuelienne et a assuré que le Pouvoir électoral « garantit l’intégrité du processus, garantit les résultats électoraux [et] garantit le fait qu’ils seront le fidèle reflet de la volonté populaire4 ».

 

 

  Manuel Rosales, gouverneur de l’Etat pétrolier de Zulia, a quitté temporairement ses fonctions pour se consacrer à la campagne. Il a déclaré son opposition aux programmes sociaux entrepris par Chávez, et a proposé en échange de créer une carte de débit gouvernemental destinée aux pauvres afin de leur reverser directement 20% des revenus pétroliers. Mais Rosales a peu de chances d’attirer le vote des couches modestes qui voient en lui un représentant de la vieille classe politique discréditée. En effet, son association avec le secteur oligarchique du pays et l’administration Bush est notoire et suscite un rejet populaire manifeste. Il avait d’ailleurs participé au coup d’Etat éphémère contre Hugo Chávez le 11 avril 2002 en signant le décret qui nommait Pedro Carmona nouveau Président de la République5.

 

 

  Certains groupes radicaux de l’opposition, liés à l’extrême droite cubaine de Floride, ont déjà élaboré plusieurs projets de déstabilisation. Ainsi, Rafael Poleo, directeur du quotidien El Nuevo País, a d’ores et déjà lancé un appel à une manifestation le 4 décembre 2006 pour protester contre « la fraude électorale », confirmant les craintes des autorités sur l’existence d’un plan B destiné à provoquer le chaos. Le gouvernement a découvert un plan élaboré par l’organisation terroriste New Cuba Coalition, basée à Washington, qui prévoit de déclencher une guérilla urbaine en cas de victoire de Chávez. Le groupuscule incite les Vénézueliens à s’organiser en cellules d’autodéfenses, à poster des francs-tireurs et à préparer des explosifs6.

  Le ministre de l’Intérieur et de la Justice, Jesse Chacón, a garanti pour sa part que l’Etat ne se laisserait pas déborder, et que les élections se dérouleraient dans un climat de paix. « On ne permettra pas que se renouvelle ce qui est arrivé [en 2002] », a-t-il assuré. Il a exhorté la population à participer massivement au vote et à attendre patiemment le verdict officiel qui sera émis par le Conseil national électoral7.                                                                                  De son côté, le vice-président de la République, José Vicente Rangel, a averti l’opposition des conséquences de tels actes. « Nous n’accepterons en aucune manière des comportements antidémocratiques. Le processus électoral est plein de garanties [et] nous offrons un climat de participation à tous les secteurs de la vie nationale.  

L’opposition ne surprendra pas une nouvelle fois le gouvernement bolivarien », a-t-il déclaré, en référence au coup de force d’avril 2002. Il a également rappelé que le sabotage pétrolier en décembre 2002 avait coûté 20 milliards de dollars à la nation8.

 

 

  Le Président Chávez a également été clair à cet égard. L’industrie pétrolière et les Forces armées sont des institutions « révolutionnaires », en réponse aux dénonciations émises par l’opposition au sujet du ministre de l’Energie, Rafael Ramírez, qu’elle accuse d’influencer le vote des employés de l’entreprise pétrolière nationale PDVSA. Chávez a immédiatement rejeté ces propos accusateurs : « Ce sont les mêmes qui ont déclenché le blocage criminel et terroriste entre décembre 2002 et février 2003 », en vue de le renverser. Il en a profité pour lancer un appel au Tribunal suprême et dénoncer l’impunité des saboteurs. « Ils devraient être en prison en train de payer le mal qu’ils ont fait au pays. Près de 20 milliards de pertes. Quelle grève pétrolière ? C’était du sabotage, du terrorisme », a-t-il noté. L’opposition « a le droit de prétendre » l’évincer du pouvoir, mais « elle n’a pas le droit d’utiliser des méthodes distinctes de celles établies par la Constitution », a-t-il conclu9.

 

 

  William Lara, Coordinateur général du Movimiento Quinta República (MVR), le parti du Président, a également mis en garde l’opposition. « On commence déjà à avancer l’idée de fraude, principalement élaborée par le candidat Rosales, et beaucoup de ses partisans. S’il continue à promouvoir la campagne de déstabilisation même après les résultats, ce serait un suicide politique10 ».

 

 

  Hugo Chávez est persuadé que le 3 décembre constituera « un triomphe révolutionnaire écrasant ». Il a déjà fixé les objectifs de son gouvernement jusqu’en 2021. « Les 14 prochaines années permettront de construire le grand projet national de Simon Bolivar », a-t-il souligné, en référence au Libérateur latino-américain11.

 

 

  La certitude du Président vénézuelien s’explique, en grande partie, par le succès de sa politique sociale et sa politique de modernisation du pays. L’une des priorités du gouvernement a été d’améliorer le niveau de vie des retraités. Le revenu moyen d’un retraité qui était de 32 dollars en 1999 est passé à 232 dollars en 2006. Longtemps délaissés par les administrations antérieures, près de 120 000 retraités n’avaient pas reçu les prestations sociales auxquelles ils avaient droit. Le Président Chávez a donc décidé de procéder au paiement des pensions non versées par ses prédécesseurs aux travailleurs du secteur public, et a débloqué la somme de 60 millions de dollars à cet effet12.

  L’éducation n’a pas été en reste. En sept ans, 1 121 733 personnes ont intégré les universités, a signalé Samuel Moncada, le ministre de l’Education supérieure. Dans les années 90, seule une minorité de la population avait accès aux universités. Depuis 1999, sept nouvelles universités ont vu le jour à travers le pays. Près de 68 nouveaux programmes ont été élaborés en fonction des besoins des nouveaux étudiants auxquels s’ajoutent 261 programmes doctoraux. « Nous sommes en train de promouvoir un processus de municipalisation des universités pour que les étudiants […] puissent disposer d’une institution d’éducation supérieure dans leur propre municipalité », a expliqué le ministre Moncada. « Au Venezuela, nous sommes persuadés que l’instrument de libération de l’homme est l’éducation », a-il ajouté13.

 

 

  Le Venezuela vient également d’ouvrir une Ecole latino-américaine de médecine, située à Ciudad Guyana dans l’Etat de Bolívar. Fondée sur le modèle cubain, elle est destinée à former gratuitement des médecins en provenance du continent américain et d’Afrique14.

  L’Opération Miracle lancée par Cuba et soutenue par le Venezuela a permis à près de 485 000 patients, dont 290 000 Vénézueliens, de retrouver la vue. Atteints de cataractes et autres maladies oculaires, ces personnes, aux revenus modestes, en provenance de 28 pays différents, ont été opérées gratuitement par des médecins cubains et vénézueliens. La campagne humanitaire et sociale a pour but d’opérer un million de personnes par an. Un Vénézuelien sur 87 et un Bolivien sur 213 ont reçu des soins de cette nature. Treize centres ophtalmologiques ont été ouverts au Venezuela à cet effet. Près de 31 000 jeunes Vénézueliens sont actuellement étudiants en médecine15.

 

 

 

L’économie vénézuelienne se porte bien avec une croissance de 10,2% au troisième trimestre 2006. Elle est florissante pour la 3ème année consécutive. La hausse du pouvoir d’achat, les investissements publics et l’expansion du crédit ont joué un rôle important dans cette embellie. Mais, il ne faut pas négliger l’apport important du secteur privé dont le rôle a été fondamental, selon la Banque centrale du Venezuela (BCV). Les importations de biens ont atteint la somme de 8,5 milliards de dollars de janvier à septembre 2006, soit une hausse de 30% par rapport à l’année précédente. Le taux de chômage a baissé de 2 points pour s’établir à 9,5%. Même l’inflation, qui est le talon d’Achille de l’économie nationale, a baissé d’un demi point pour se stabiliser à 15,5%16.

 

 

  L’exemple offert par le Venezuela, qui s’est lui-même inspiré dans une certaine mesure du modèle cubain, parcourt le reste de l’Amérique latine. Après l’arrivée du pouvoir d’Evo Morales en Bolivie et la réélection de Lula au Brésil, le Nicaragua vient de choisir le sandiniste Daniel Ortega comme nouveau président. Washington est alarmé par ses grands changements et voit sa marge de manœuvre terriblement restreinte. En effet, ses deux moyens de pression historiques – le chantage économique et la menace militaire – sont désormais surannés. Aux Nations unies, les Etats-Unis n’ont pas réussi à imposer leur candidat de service, le Guatemala, comme membre non permanent du Conseil de sécurité, malgré 47 tours de scrutin face au Venezuela, et ont été contraints finalement d’accepter le Panama comme candidat de consensus17.

 

 

  Francis Fukuyama, le célèbre idéologue étasunien ultraconservateur, qui avait décrété « la fin de l’histoire » dans les années 1990 après la chute du communiste et la victoire finale du capitalisme néolibéral, est revenu sur ses propos. Il est subjugué par l’importance prise par le Révolution bolivarienne dont les succès, en à peine huit ans, sont impressionnants. Pour lui, Hugo Chávez symbolise « le retour de l’histoire » et la fin de l’hégémonie étasunienne sur le continent18.             

  Chantre du « socialisme du XXIe siècle », une idéologie émancipatrice, Hugo Chávez est devenu l’un des hommes les plus influents d’Amérique latine. En moins d’une décennie, il a réussi à consolider un processus révolutionnaire au sein de la société vénézuelienne qui semble désormais irréversible. Inexistants sous les gouvernements antérieurs, les Vénézueliens, acteurs principaux du nouveau projet de société mis en place depuis 1999, ne sont pas prêts à abandonner leur dignité retrouvée.

 

 

 

 

Notes

 

 

1 Victor Flores, « El desafío de construir una alternativa ante Chávez », El Nuevo Herald, 17 novembre 2006; Agencia Bolivariana de Noticias, « Medios internacionales destacan victoria de Chávez en encuestas », 17 novembre 2006.

 

 

2 Fabiola Sánchez, « Denuncian fallas en proceso electoral en Venezuela », Associated Press, 16 novembre 2006 ; Rui Ferreira, « Firma de máquinas de votación niega nexos con Chávez », El Nuevo Herald, 31 octobre 2006.

 

 

3 Ibid.

 

 

4 Ibid.

 

 

5 Christopher Toothaker, « Venezuela : Rosales, la piedra en el zapato de Chávez », Associated Press, 15 novembre 2006.

 

 

6 Nahilce Martínez, « Descubiertos planes de desestabilización en Venezuela », Agencia Bolivariana de Noticias, 8 novembre 2006. Granma, « Nuevos detalles de plan subversivo en Venezuela », 7 novembre 2006.

 

 

7 Agencia Bolivariana de Noticias, « MIJ garantizó clima de paz para elecciones presidenciales », 9 novembre 2006.

 

 

 

des soins de cette nature. Treize centres ophtalmologiques ont été ouverts au Venezuela à cet effet. Près de 31 000 jeunes Vénézueliens sont actuellement étudiants en médecine15.

 

 

8 Agencia Bolivariana de Noticias, « No aceptaremos comportamientos antidemocráticos de la oposición », 3 novembre 2006.

 

9 EFE, « Chávez admite que PDVSA es sólo para ‘revolucionarios’ », 4 novembre 2006.

 

 

10 Agencia Bolivariana de Noticias, « Lara: 3D podría terminar de separar a la oposición venezolana », 16 novembre 2006.

 

 

11 Juan Barreto, « Chávez quiere triunfo que lance el socialismo », El Nuevo Herald, 8 novembre 2006.

 

 

12 Agencia Bolivariana de Noticias, « Gobierno Nacional canceló prestaciones a ex trabajadores públicos », 6 novembre 2006.

 

 

13 Agencia Bolivariana de Noticias, « En siete años 1 millón 121 mil 733 personas ingresaron a universidades », 3 novembre 2006.

 

 

14 Ibid.

 

 

15 Agencia Bolivariana de Noticias, « Más de 485 mil pacientes beneficiados por Operación Milagro » 19 novembre 2006.

 

 

16 Fabiola Sánchez, « Crece economía en Venezuela », Associated Press, 16 novembre 2006. Associated Press, « Baja la inflación en Venezuela », 1 novembre 2006 ; Agencia Bolivariana de Noticias, « Economía del país mantiene crecimiento a lo largo de tres años consecutivos », 15 novembre 2006.

 

 

17 Diego A. Santos, « ONU : Panamá será candidato de consenso de Guatemala y Venezuela », El Nuevo Herald, 1 novembre 2006.

 

 

18 Nestor Ikeda, « Fukuyama : ‘Hugo Chávez es retorno de la historia’ », Associated Press, 10 novembre 2006.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

par Cercle Bolivarien de Paris publié dans : Revue de Presse
Vendredi 17 novembre 2006

 Dans le même programme de la  TV  privée Globo où Rafael Poleo appelle le peuple vénézuélien à contester les résultats des élections du 3 décembre,  ce journaliste analyse les mouvements  fascistes et nazis et accuse le Président Chavez d’être un nazi. Selon Rafael Poleo, les fascistes ne sont pas des assassins, « ils ne tuent pas »  et ont  toute sa sympathie ; par contre Chavez est un nazi et le peuple doit se rebeller pour empêcher un nouveau mandat  - voir plus bas  « menace sur la démocratie au Venezuela ».                    Quel genre de dictateur est Hugo Chavez qui laisse de tels propos se propager  sur lesondes ?                         
En fait, la Loi Resort qui en principe devrait protéger le Venezuela des abus des medias n’est pratiquement pas appliquée ; ce qui peut paraître du laxisme est peut être une sage tactique,  car on peut facilement imaginer les cris d’orfraie de RSF et autres pseudo ONG de défense de la liberté de parole si un journaliste faisait l’objet d’un procès ou été censuré. D’autre part, les mensonges et calomnies de l’opposition ne peuvent convaincre personne de bonne foi.
Un document confidentiel de la CIA prouve que Rafael Poleo est agent de la CIA depuis 1965 ; il a encaissé de juteuses sommes et a ainsi pu créer des journaux et revues au service de la manipulation médiatique la plus  éhontée et soumise aux intérêts états-uniens
LE VENEZUELA DE CHAVEZ  Pendant ce temps, en France, nous pouvons tout savoir sur la révolution bolivarienne et la comprendre grâce au livre de Maurice Lemoine, rédacteur en chef du Monde Diplomatique. Ce cahier de 70 saisissantes photographies et un texte clair et émouvant  retrace l’incroyable ascension politique d’Hugo Chavez et la saga d’un peuple qui se bat pour créer une exception d'égalité des chances et justice sociale, dans la démocratie participative, au  nouvel ordre mondial de la mondialisation néolibérale.             En librairie depuis le 16 novembre 2006  Editions Alternatives  tel. 01 43 26 26 82  5, rue Pontoise 75005 Paris

 Et retrouvez dans le n° 90 de « Manière de Voir », publication du Monde Diplomatique  l’Amérique Latine rebelle  - en vente dans les bons kiosqueClaude Maryse

par Cercle Bolivarien de Paris publié dans : Revue de Presse
Vendredi 17 novembre 2006

A  Mr  Dominique  Moisi  pour son éditorial  intitulé 

 «  L’Amérique Latine dans un cycle populiste »

de Guy MAUNOURY 

 

 

 

          Dans l'éditorial daté du 30 octobre vous mettez l'élection de Lula sur le compte de la montée du populisme; mot décidément à la mode, car très commode pour disqualifier un supposé ennemi de manière indiscutable. Souvent employé, rarement défini (ce qui est le cas dans votre éditorial ), depuis les dirigeants des Etats-Unis jusqu'aux faiseurs d'opinion, à propos de  l'Amérique Latine qui remet en cause de plus en plus la mondialisation néolibérale, mais aussi en France à l'occasion du référendum sur la constitution européenne.  

Mais est-ce que Lula remet en cause cette mondialisation néolibérale? Non, vous le dites vous-même. Remet-il en cause l'hégémonie des Etats-Unis? Non, vous le dites aussi, vous insistez même sur ce qui le différencie de Chavez et Morales. Alors en quoi son élection traduit-elle une montée du populisme ? Pas de réponse, premièreincohérence. 

 

Mais venons au cas de Chavez, cas avéré de populisme selon vous, qui vous semble tellement évident que vous ne prenez pas la peine de le définir non plus; sinon par des allusions à ses discours mettant en cause le rôle négatif des Etats-Unis; rôle négatif que toute l'Amérique Latine connaît, mais pas vous,  semble-t-il. Vous parlez à son propos « d'hystérie antiaméricaine »; et l’hystérie anti Chavez de Bush vous aurait-elle échappé ?  Accordez lui, ainsi qu’aux peuples d'Amérique Latine, plus d'intelligence que ce mot stupide ne le laisse penser; mot inventé par tous les défenseurs inconditionnels de la politique des Etats Unis. Ceux-ci n'aiment pas Chavez,  tout le monde le sait; mais ils ne se sont pas contentés de ça, ils ont participé et approuvé le coup d'Etat d'avril 2002. Aussi Chavez a quelques raisons de condamner ce qui serait plus juste d'appeler l'impérialisme des Etats-Unis qui, outre le Venezuela, menace la Bolivie et bien sûr Cuba. Mais Hugo Chavez connaît aussi l'histoire de l'Amérique Latine, histoire que vous semblez avoir oubliée. Car, depuis plus d'un siècle, les USA n'ont cessé d'intervenir directement ou à travers des coups d'Etat en appui aux oligarchies locales contre la volonté démocratique des peuples ; vous évoquez vous-même la phase des dictatures puis la phase ultra-libérale. Vous ne pouvez ignorer le rôle essentiel de Washington dans ces deux périodes.                                                                                                             

Vous reprochez à Chavez d'utiliser « sa richesse pétrolière pour reprendre le flambeau de la révolution ». Je note au passage que vous parlez du pétrole comme s'il appartenait en propre à Chavez. C'est même tout le contraire ; cette richesse était dans les mains d'une minorité et ne profitait en rien à la population. Mais vous n'expliquez pas à quoi est utilisé l'argent du pétrole. Alors, je vais vous le dire, bien que vous ne devez pas l’ignorer. Il est utilisé à un vaste programme dit de missions sociales dans les domaines de la santé, de l'éducation, du logement, des minorités, programme qui concerne la moitié pauvre du pays. Cela  veut dire qu'ont été créés des dispensaires massivement là où ils étaient inexistants, que plus d’un million d’adultes ont été alphabétisés, que d’autres accèdent à des formations universitaires et professionnelles ; que des centaines de milliers d'enfants reviennent à l'école où on leur fourni aussi les repas ; que des titres de propriété sont remis à des habitants précaires ; que l’on a donné une identité à plusieurs millions de gens qui étaient sans existence légale, sans droit de vote. Beaucoup d'autres choses sont impulsées par le gouvernement, comme les coopératives, les remises de terres, des marchés populaires pour les produits de base, la recherche de l'indépendance alimentaire. Est-ce cela  le populisme dont vous parlez? Le problème de votre article est que vous omettez totalement de parler de ces réalisations, car personne ne pourrait croire qu'il s'agit de choses négatives. Autre contradiction.                                                                                   

Mais que serait selon vous une politique non populiste? Laisser les richesses du pétrole aux mains des multinationales, et sans leur faire payer d'impôts ? C'est ce qui se passait avant Chavez où la population était laissée à l'abandon. Il y a une explication que vous refusez de voir, l’aspiration grandissante des peuples à récupérer, contrôler leurs richesses et faire en sorte qu'elles bénéficient au bien commun. Et pour cela ces peuples doivent s'unir, se battre contre leurs propres oligarchies et les politiques néolibérales imposées par les USA principalement et aussi l'Europe, qui s'acharnent à privatiser les ressources non seulement de l'Amérique Latine mais de la planète entière.         

Et si Lula ne veut pas  « décevoir son peuple » il devra aussi dépasser le cadre imposé par les possédants à l'intérieur du Brésil et à l'extérieur, comme le FMI par exemple. Réduire les « inégalités spectaculaires » au Brésil exige cette rupture, car partout dans le monde soumis à ces mêmes politiques les inégalités augmentent. Sauf dans les pays que vous dénoncez comme populistes. Donc Lula doit se rapprocher de Chavez, c’est à dire l’exact opposé de votre article.

 Le 9 nov. 2006      

 

 

 

 

 

 

 

 

par Cercle Bolivarien de Paris publié dans : Revue de Presse
Samedi 4 novembre 2006

                    http://www.alterinfos.org/spip.php?article619

 

Lors de son voyage annuel en France, où il retrouve sa famille et ses amis, le Père Paul Priou nous [1] a parlé de ce Venezuela où, avec la JOC [2], il prend part depuis trente-sept ans aux aspirations et aux luttes du peuple. « Ce que nous rêvions de faire est en train de s’accomplir », dit Pablo. « Jamais nous n’aurions pensé voir cela de notre vivant. »

 

 

 Des élections doivent se tenir le trois décembre prochain au Venezuela. Pouvez-vous faire le point ?

 

 

 Rappelons qu’aux élections législatives de 2005, l’opposition n’avait pas voulu participer. De ce fait, la Chambre est constituée aujourd’hui de différents partis qui adhèrent tous, chacun à leur manière, au « processus » révolutionnaire. Cela pose problème. Cette fois-ci, le président Hugo Chávez tient absolument à ce que l’opposition soit présente. C’est dans cet esprit qu’il a accepté un changement notable à l’intérieur du Conseil national électoral (CNE), l’organisme qui s’occupe de tout, composition des listes, bureaux de vote, observateurs internationaux, etc. Le nouveau CNE, dont les membres sont des indépendants, a été élu après consultations entre les forces gouvernementales et les forces d’opposition. Avec l’appui de quelques universités, les nouveaux élus se livrent à une révision du registre électoral et plus largement à tout ce qui touche la mise en place des élections. Un exemple : l’emploi des machines électroniques qui avait soulevé des critiques et des controverses. Donc, de ce point de vue, les choses sont calmées. Le plus gros souci de l’opposition était de se mettre d’accord sur un candidat unique. Finalement, l’ancien gouverneur de l’État de Zulia, Manuel Rosales, a été choisi pour faire face à Chávez. Celui-ci jouit d’une forte popularité gagnée grâce aux acquis sociaux, à ces diverses « missions » qui s’accomplissent pour changer la vie des gens des barrios [3] dans l’éducation, la santé, l’alimentation, le secours aux indigents - mission « La Negra Hipólita » - les transports. Bientôt seront inaugurées des lignes de métro et aussi ce qui manquait le plus dans un pays adorateur de la voiture, un train. Il couvrira tout le territoire et assurera des liaisons entre les banlieues et la ville de Caracas. Autre grand projet en collaboration avec le gouvernement colombien en cours de réalisation : l’oléoduc qui partira de Maracaibo et traversera la Colombie pour arriver à la côte du Pacifique et approvisionner ces grands demandeurs en énergie que sont les pays asiatiques.

 

 

 Les attaques de l’opposition restent très virulentes. Sur quoi portent-elles ?

 

 

 Les critiques visent surtout la politique internationale menée par le gouvernement. Les dépenses qu’il finance pour venir en aide aux pays d’Amérique centrale dans le domaine énergétique, et en faveur d’une Amérique latine unie. Un exemple. Chávez a racheté une partie de la dette argentine, afin que ce pays puisse aller de l’avant. Envers la Bolivie aussi, l’aide est remarquable. Des médecins et des éducateurs vénézuéliens travaillent sur le terrain. Animés par les mêmes préoccupations déployées dans leur propre patrie. Sait-on que l’UNESCO a déclaré le Venezuela « Territoire Libre d’Analphabétisme » ? La grande presse ne s’attarde pas là-dessus. Tout le monde sait que Chávez a acheté des armes à la Russie mais ignore qu’il a distribué un million d’exemplaires du Don Quichotte de Cervantes, et qu’il pense à distribuer 500 000 livres du roman de Victor Hugo, Les Misérables. On essaye de former des cercles de lecture sur les places publiques, on a créé et inauguré des studios de cinéma afin de renouer avec la production de films. C’est la première fois dans l’histoire que l’argent du pétrole est distribué de cette façon.

 

 

 Mais la politique sociale ne peut pas constituer à elle seule une politique de développement ?

 

 

 L’encouragement à fonder des coopératives est au cœur des projets actuels. Un appel a été lancé et actuellement on compte 100 000 coopératives inscrites. Dans tous les secteurs d’activités. Mais disons-le, on n’en est qu’aux premiers pas dans la formation des responsables de ces coopératives, surtout en ce qui concerne la production. Il est plus facile de monter des coopératives de services que de production. Ou de favoriser ce que l’on appelle des « entreprises de production sociale », où l’on parviendrait à éviter la structure verticale en encourageant la participation, y compris dans les entreprises qui dépendent de l’État. Quand tu veux aboutir à une démocratie participative, le chemin est dur. Tu ne passes pas d’une structure d’assistance à une structure de participation en claquant des doigts. Prenons un autre exemple : les Conseils communaux. Dans le quartier de Petare, où je vis, notre amie Raquel, que tu connais, appartient au Conseil communal. Un projet, évalué à trente millions de bolivars, a été approuvé pour installer l’eau dans la partie haute du quartier. Cinq personnes étaient responsables des travaux, cinq personnes en contrôlaient la bonne marche. Eh bien les gens ne voulaient pas croire que Raquel ne touchait pas une commission. C’est enraciné dans les mentalités, selon le fameux précepte : « Ne me donne pas de l’argent, mets-moi là où il y en a ».

 

 

 « En avant vers le nouveau socialisme », telle est la devise de Chávez. Comment l’interpréter ?

 

 

 Il est aussi question de « Socialisme du XXIe siècle ». Ce qui a cours ici est une révolution sans modèle, qui acquiert ses caractéristiques à partir de ses propres expériences. Au mois de juillet 2006, s’est tenu ici le Second Congrès de Philosophie Internationale. Énorme brassage d’idées, avec beaucoup de personnalités venues de l’Amérique latine. Avant cela, en janvier, il y a eu à Caracas le Forum social mondial (FSM). Un projet politique important, visionnaire, se donnant pour but de mettre en échec la globalisation libérale. La JOC s’est consacrée à organiser, parmi les actes du Forum, le 1er Congrès Latino-Américain, réunissant une dizaine de pays, du Mouvement des enfants et des adolescents travailleurs. CARITAS avait son stand, les Églises œcuméniques avaient leur stand, l’Église catholique avait son stand. La réflexion sur la Théologie de la libération a été approfondie.

 

 

 L’Eglise a fait partie des détracteurs les plus acharnés du régime. Où en est-elle aujourd’hui ?

 

 

 Mgr Jorge Urosa, qui était auparavant archevêque de Valencia, a été nommé archevêque de Caracas, alors que le poste était vacant depuis deux ans. Au cours des six premiers mois de l’année 2006, les relations se sont améliorées entre la hiérarchie et le gouvernement. Mgr Urosa a été reçu par le président Chávez, par le Maire de Caracas, dans un climat d’entente et de respect. Et, lorsqu’il était de retour de Rome où il venait de recevoir la « pourpre cardinalice », Chávez a tenu à l’accueillir à l’aéroport. Cela dit, entre autres, il reste deux points qui coincent. Le premier touche à l’enseignement religieux dans les écoles publiques, que l’Église réclame. Et le second tient aux transformations exigées à l’intérieur du Conseil national électoral, les mêmes que celles exigées par l’opposition. Est-ce à dire qu’il n’y a pas de réconciliation ? Non, c’est complexe, fluctuant, des remous se produisent, des évolutions.

 

 

Le Venezuela s’est fait le champion de l’Intégration latino-américaine. Pourtant, il a récemment quitté la Communauté andine des nations (CAN), dont il faisait partie avec le Pérou, l’Équateur et la Colombie.

 

 

Il s’est retiré parce que les autres membres avaient signé des accords bilatéraux avec les États-Unis, permettant ainsi aux produits importés des États-Unis de pénétrer sans frais de douane sur les marchés concernés. N’oublions pas les déboires du Mexique après son entrée dans le grand ensemble nord-américain. Cela a causé la ruine des petits paysans et des petites entreprises. En revanche, le MERCOSUR - Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay, plus le Venezuela et la Bolivie en tant que membre associé – est appelé à jouer un rôle de plus en plus important dans la cohésion du continent. Que l’ALBA (Alternative Bolivarienne pour les peuples de notre Amérique, signée en décembre 2004 entre Cuba et le Venezuela, et suivie par la Bolivie, contre le projet de Zone de libre-échange des Amériques, ZLEA, ALCA en espagnol) soit une utopie, oui. Une utopie à poursuivre. Ce serait fonder les relations économiques sur l’appui entre les uns et les autres et non pas sur la concurrence qui élimine le voisin. Que les relations économiques ne soient plus fondées sur la concurrence mais sur la solidarité et sur la coopération irait totalement à contre-courant de la pensée néo-libérale. On ne peut être que d’accord avec de telles orientations, du même coup d’ailleurs on sauverait la planète. L’initiative de Chávez d’offrir du pétrole à moindre prix aux quartiers défavorisés des villes des Etats-Unis a suscité un tollé. Et plein d’autres initiatives de ce style. « Scandale », ont crié les gens de l’opposition. Pourquoi donner aux autres alors que chez nous il y a tant à faire. Courte vue.

 

 

 Avais-tu pensé, Paul, voir un jour le Venezuela changé de fond en comble ?

 

 

 Les copains disent : on voit se mettre en place ce que nous avions toujours voulu faire, et que nous pensions ne voir jamais. Peut-être nos enfants ou nos petits-enfants… Cette révolution sans modèle, en train de se faire, répond aux aspirations et aux luttes que nous avons menées. Certains bons esprits avaient glosé sur « la fin de l’histoire »… Nous montrons qu’il existe une alternative, que quelque chose de nouveau émerge. Certes le nouveau système économique n’est pas réalisé. Mais ça bouge, et pas seulement ici. Avoir un Indien, Evo Morales, comme Président de la Bolivie, c’est un symbole. Une avancée sur laquelle on ne pourra pas revenir.

 

 


Propos recueillis par Françoise Barthélémy.

 

 

L’entretien a paru dans le numéro de novembre 2006 de la revue missionnaire Peuples du    http://www.alterinfos.org/spip.php?article619                                                                                                     Notes                                                                                                                                                                                               [1] Françoise Barthélémy pour la revue missionaire Peuples du monde.      [2] Jeunesse Ouvrière Chrétienne         [3] quartiers.

 

                                                                                          

                                                                                          

 

 

 


 

 

par Cercle Bolivarien de Paris publié dans : Revue de Presse
Mercredi 11 octobre 2006

"Va-t-en démon ! "  A Chicago, les manifestations contre Bush se feront sous la consigne : Exorcisons Bush

Aporrea.org - www.aporrea.org
10/10/06 - www.aporrea.org/tiburon/n84890.html 

 

 

 

 

Oct 10, 2006. - Les organisations sociales de Chicago préparent une protestation contre le Président de l'impérialisme états-unien, George W Bush. qui sera dans cette  ville ce jeudi pour prendre part à un gala de la bourgeoisie locale afin de réunir des fonds pour son parti Républicain.
Sous la consigne "Exorcisons Bush", en utilisant le langage propre aux festivités d’ Halloween, et avec une claire référence à la description de Bush comme "le diable" faite par le président Hugo Chávez à l'ONU, les organisateurs demandent aux manifestants d’ apporter leurs déguisements de Halloween, des pancartes avec le texte "I smell of sulfur!" (je sens le soufre !), et des tambours et d pantins.
Les tracts convoquant à la protestation ont pour titre Chassons le démon ! et clament :
"
Effrayant! Il est temps de chasser de la ville le vieux démon. Rappelons-lui  que les habitants de Chicago se sont opposés à la guerre des Etats-Unis contre l'Iraq, et contre toute future attaque contre l'Iran, le Venezuela ou tout autre objectif manipulé, et que nous sommes majoritairement pour les libertés civiles, en faveur des syndicats, des immigrants et pour la liberté de l'avortement l. Les démons idiots ne sont plus les bienvenus dans cette ville enchantée. Monsieur le Maire Daley, prenez note."
La manifestation aura lieu en face de l'hôtel Hilton de Chicago, le 12 octobre à 5:00pm.
Les consignes des activistes de Chicago, sont un exemple de plus de la grande répercussion du  discours controversé du Président Chávez à l'ONU, dans lequel il a décrit  Bush comme "le diable" étant donné la destruction qu’il a causée dans le monde avec sa politique impérialiste et contre l'environnement.
http://chicago.indymedia.org/newswire/display/74181/index.phputes

 

 

par Cercle Bolivarien de Paris publié dans : Revue de Presse
 

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